Le système d’émulation

Rares sont les classes où un système d’émulation n’existe pas et parfois, il y en a même plusieurs dans une même classe. Les enseignantes et les enseignants utilisent généralement des systèmes d’émulation dans le but :

  • de contrôler le comportement des élèves,
  • de les motiver à apprendre.

Bien qu’ils soient répandus dans le milieu scolaire québécois, ces systèmes, lorsqu'ils sont utilisés de façon générale pour tout un groupe, sont inefficaces, inutiles et peuvent même avoir des effets désastreux. De plus, ils s’accordent peu avec les conceptions actuelles de la motivation scolaire. En effet, ils contribuent à entretenir chez l’élève la perception que c’est l’enseignante ou l’enseignant :

  • qui possède le pouvoir;
  • qui prend les décisions;
  • et qui doit l'inciter à agir comme elle ou il l’a décidé.

Cette façon de voir est en contradiction avec les conceptions actuelles de l’apprentissage où l’élève doit être l’agent actif du développement de ses compétences, être amené à prendre plus en charge son comportement, à devenir autonome, à faire des choix et à prendre des décisions.

L’enseignante ou l’enseignant doit lui faire prendre de plus en plus de pouvoir sur la situation d’apprentissage.

Des systèmes généralement inefficaces

En général, ces systèmes d’émulation ont comme objectifs d’améliorer le comportement, la motivation et l’apprentissage des élèves en difficulté. Dans les faits, la plupart du temps, ce genre de système ne change pas le comportement des élèves qui en auraient le plus besoin. Ceux-ci sont compétitifs et suscitent la rivalité plutôt que la coopération.

Les systèmes d’émulation ont été conçus pour résoudre des difficultés majeures et de graves problèmes de comportement. Dans le milieu scolaire, ils ont été tellement allégés qu’ils ne respectent plus les principes qui devaient les régir. Dans les utilisations actuelles et inefficaces:

- les comportements et les situations sont mal définis;
- les renforçateurs sont trop peu fréquents et trop éloignés des comportements pour avoir un effet quelconque;
- les récompenses sont trop matérielles;
- les récompenses sont trop peu reliées aux activités d’apprentissage;
- les récompenses ne favorisent pas la motivation;
- les récompenses ne permettent pas à chacun de recevoir quelque chose selon l’effort fourni;
- les renforçateurs sociaux ne sont pas pris en compte;
- ils font fi de la généralisation des comportements et du retrait de l’intervention. (Archambault,1994b)

Il est préférable d’utiliser un système d’émulation de façon individualisée, exclusivement pour les élèves en besoin.

La récompense comme moyen de motivation?

 La récompense est un facteur de motivation extrinsèque qui incite l’élève à adopter certains comportements, plutôt que de fournir des conditions qui facilitent sa motivation et son apprentissage.  L’élève a un très faible contrôle sur l’obtention d’une récompense, c’est l’enseignante ou l’enseignant qui la contrôle. De plus, récompenser quelqu’un pour quelque chose qu’il peut faire par plaisir risque de lui faire perdre ce plaisir.

Pourquoi recourir à la récompense?

Pour susciter l’apparition d’un comportement.  On l’élimine aussitôt que la motivation intrinsèque l’emporte sur la gratification.  Elle est efficace  uniquement lorsqu’on vise l’obéissance.

Quels sont les impacts négatifs de la récompense?

Elle nuit à la motivation intrinsèque et gêne l’acquisition de l’autonomie de l’élève.

« Par ailleurs,  à l’heure où l’on reconnaît l’importance de la participation active de l’élève à son mode d’acquisition, où l’on conçoit l’apprentissage comme un processus de construction du sens par l’élève, où la pédagogie s’applique à présenter à ce dernier des situations d’apprentissage réelles et contextualisées, les récompenses apparaissent comme un artifice en totale contradiction avec les conceptions actuelles de l’apprentissage et de l’enseignement ».(Archambault et Chouinard, p.148)

 Un système d’émulation fondé sur les récompenses et les punitions est donc inefficace et même nuisible. Il envoie des messages contradictoires. Voici quelques exemples:

  • Donner des devoirs supplémentaires pour punir les élèves alors qu’on veut que ces derniers aiment leurs devoirs.
  • Donner un congé de devoir en récompense aux meilleurs élèves alors que ceux qui auraient besoin d’être motivés, c’est-à-dire ceux qui ont de la difficulté, ont le moins de chance d’être récompensés.
  • Une récompense mensuelle accordée à tous les élèves qui ont moins de cinq manquements au code de vie, tandis que ceux qui ont plus de cinq crochets sont retenus pour accomplir des tâches scolaires.  Quelle est la source de motivation pour l’élève qui a déjà cinq crochets à la fin de la première semaine?

Alors, a-t-on vraiment besoin de mettre en place un système d’émulation dans sa classe? Non. Le personnel enseignant dispose de moyens à la fois plus respectueux du fonctionnement cognitif, affectif et social des élèves et plus appropriés au développement de leur autorégulation et de leur autonomie.  Les systèmes d’émulation tels l’argent scolaire, les jetons et les points ne réfèrent en rien aux pratiques en vigueur dans la vie de tous les jours.

Voici les facteurs de motivation intrinsèque sur lesquels l’enseignante ou l’enseignant devrait agir:

  • l’intérêt pour une activité d’apprentissage;
  • la perception de son utilité, de sa fonction et des objectifs qu’elle vise;
  • le lien qu’elle entretient avec les connaissances de l’élève;
  • la perception du contrôle de cette activité et la conviction de pouvoir la réussir;
  • les croyances plus générales quant à la valeur de l’apprentissage et de l’école.

 Quoi faire alors?

Au lieu des systèmes d’émulation, voici des idées pour briser le lien comportement/récompense:

  •  Donner les renforçateurs de façon spontanée.
  • Donner des récompenses dans le but de créer un climat de classe positif et de développer un sentiment d’appartenance.
  • Proposer des activités de plaisir pour tous (pas au mérite).
  • Offrir des cadeaux gratuits, sans lien avec un comportement.

 

Pour remplacer les systèmes d'émulation, on peut adopter des pratiques de motivation qui soient plus conformes aux conceptions actuelles :

 

  • choisir des activités d’apprentissage authentiques et intéressantes;
  • informer les élèves des objectifs poursuivis par l’activité d’apprentissage, de la fonction et de l’utilité de cette activité;
  • permettre aux élèves de faire des choix d’activités;
  • offrir des activités qui posent des défis réalistes et raisonnables;
  • donner du soutien devant les difficultés;
  • faire les liens avec ce que les élèves connaissent déjà;
  • manifester sa confiance dans la capacité d’apprendre des élèves;
  • favoriser en classe une orientation de l’apprentissage vers le développement de compétence plutôt qu’une orientation vers la compétition;
  • mettre l’accent sur les comportements stratégiques comme condition de réussite plutôt que sur une quelconque capacité intellectuelle innée et immuable;
  • amener les élèves à se fixer des buts et des objectifs d’apprentissage;
  • inciter les élèves à réfléchir sur les acquisitions, sur les façons dont ils s’y sont pris pour les effectuer;
  • amener les élèves à prendre en charge leur propre comportement.

Favoriser le développement de l’autonomie :

 

  • en faisant participer les élèves à l’élaboration du Code de vie;
  • en développant chez les élèves la réflexion métacognitive;
  • en laissant faire des choix;
  • en leur apprenant à résoudre des problèmes.

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